La guerre dans l'âme

mois

avril 2012

6 billets

Apr 24, 20125 notes

Le bruit mécanique de ces joues

qui claquent de politesse

résonne derrière les dents serrées 

qui n’en mènent pas plus large

Quand tout est noué que faire

des mains derrière ces vitres opaques

ces vitres qui ne demandent qu’à tomber

dévaler nos gorges attablées 

La saveur plate

de cette semelle indécise

qui scrupuleuse

-le sol le visage

les joues

les joues qui claquent-

hésite

la saveur plate 

d’un moment rond et mûr 

de ces politesses trop cuites

Apr 17, 20120 notes
Apr 05, 20120 notes
Apr 03, 20120 notes
“La ville retentit de confuses clameurs ; la multitude ennemie l’enveloppe d’une muraille hérissée. L’homme est tué par l’homme avec la lance. Les vagissements des enfants à la mamelle et tout sanglants retentissent. Voici les rapines, compagnes des tumultes. Celui qui va piller se heurte à celui qui a pillé ; ceux qui n’ont rien encore s’appellent les uns les autres ; aucun ne veut la moindre part, mais tous veulent la plus grande portion de la proie. Qui pourrait tout raconter ?” —Eschyle, Les sept contre Thèbes
Apr 03, 20120 notes
Je n'écrirai jamais de roman (6)

 Peut-être était-il en train de mourir. La rigole près de son visage était pleine de pisse qui coulait doucement avec les odeurs, des déchets à la surface. Il croyait entendre les talons de l’autre qui s’éloignait, mais c’était vraiment trop con. Combien de temps ? Dix minutes ? Vingt ? Une heure peut-être les cheveux sales sur le pavé humide, le flot de pisse plein d’écume, l’écho des talons qui lui vrillait le crâne. L’air poisseux à ses narines lui renvoyait l’odeur du sang, son sang à lui. Oh un tout petit peu de sang, à peine de quoi remplir un dé à coudre. Un dé à coudre de sang mercurochrome lui dégoulinait de l’oreille droite. Ça allait faire tarte, ce paquet indistinct et si peu de sang pour un si long sommeil…On aurait pu avoir la décence de le planter de l’éventrer de faire glisser son intestin dans la rigole avec la pisse les autres saloperies. La mort était si peu une boucherie que c’en était ridiculement peu intéressant. Il fallait le fixer, la tête penchée sur le côté - « Monsieur ? Monsieur ? » - Ah là là quelle cuite ! Sa main tâtonnait insecte près de son visage, comme étrangère. Avait-il demandé cette main ? Cette main-là et ses ongles plein de manger pour vermine, cette main dégueue qui semblait vouloir lui rappeler, comme par contraste, les mains douces baladeuses sous les tee-shirts chair-de-poule plus tôt dans la soirée. Son nom, son nom l’occuperait, il jouerait à penser à son nom, à y coller un visage, des petits seins ronds une bouche humide les yeux fermés, les doigts bien écartés posés en évidence sur la cuisse noire à cause du collant. La jupe comme prête à l’envol, elle qui discute qui sent la main mais fait comme si. La main pour plus tard. Il n’était pas en train de crever, n’est-ce pas ? C’était moins rigolo que ça, il avait juste mal et tout lui faisait mal. Odeurs, jaune pisse sur sa pupille, main sale pavé rugueux respiration lourde bouche pâte-à-modeler. Il les croyait tous, être et choses, près à lui sauter à la gorge pour le seul plaisir de le voir se débattre seul avec sa peur, sa mauvaise peur suante et âcre. En lui montait la crainte terrible des talons, des rats nageant dans l’urine, des cloportes arrachant ses ongles, cherchant la nourriture, le festin récolté par ce fermier rampant dans la terre aux herbes rares, aux vieux mégots.

Le sommeil viendrait. L’envie de sentir au petit matin le soleil lui brûler le cou, la chaleur lui tomber sur le dos comme une pile de serviettes humides et l’odeur enfin l’odeur froide des nuits passées à s’empuantir. Il n’y aurait pas de réveil, pas de main par dessus les draps pour les saisir les rejeter pas de tête dans l’oreiller pour ne pas voir qu’il est l’heure pas d’orteils raidis rechignant devant le sol froid la crainte d’un coin de table de bibliothèque pas d’eau brûlante de basses lointaines de la chaîne stéréo pas de café pas pas pas chaussures dures chuintantes train ponctuel et politesse. Bonjour, bonjour, hier soir je suis allé crever dans un coin de ruelle, le nez dans la pisse l’oreille en sang, la bite dure et le sourire béat. Rien de tout ça : il aurait le temps de mettre à plat les paumes sur le sol pour l’aider à se lever, le soleil aveuglerait ses yeux rougis. Il marcherait longuement dans les rues encore calmes, tendrait l’oreille : le silence. Il ne serait pas l’heure. Il ne serait l’heure de rien du tout. Il irait se glisser, encore crasseux, dans ses draps, dormirait longuement. Il serait absent, comme s’il avait été mort. Pas d’arrêt maladie ni de grève. Je ne suis plus là, j’abandonne. Continuez sans moi, ça a l’air marrant ce que vous faites. Il rigola un bon coup. Il lui restait quoi ? trois, quatre heures avant l’embauche, le temps de se décrasser, de se noyer dans la caféine. Les sourires entendus des collègues, les sourires « celui-là-a-passé-du-bon-temps » ; le retour à l’ordre après les faux désordres de l’ivresse.  

Apr 03, 20120 notes
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