février 2011
15 billets
La révolution comme apparition
“Un accident frappe un corps ; un fait brut doit mettre un terme à l’indétermination brillante des idées.” Jean-Paul Sartre
La confusion qui règne aujourd’hui dans le champ théorique n’est qu’un écran de fumée : les potentialités révolutionnaires de ce siècle sont vertigineuses. Ne manque qu’un évènement qui dégagera des lignes enfin claires, et...
Abgewandte, ich weiß
Wie du den Tod gefürchtetest hast, aber
Mehr noch...
– Antigone de Bertolt Brecht (établie à partir de la traduction qu’offre Hölderlin de la pièce originale de Sophocle)
Rêve du 24 février 2011
Une heure quelconque a sonné
pour laquelle jamais nul oeil
ne sera ouvert
que dire alors de ces cris
le plastique nous aura trompé
trahis que nous sommes par ces billes opaques soudain incapables de luire
ces phares éteints, dirons-nous.
J’ai peur de n’avoir rien dit de ce mensonge
Le temps pourtant est venu qu’il faut que je dise
ce qui n’est encore qu’un...
Un immeuble. Demain, cet immeuble sera détruit.
On peut apercevoir, accolées aux lourds piliers de béton, quelques charges explosives. Si ça ne puait pas tant la pisse, on pourrait, peut-être, sentir la poudre. Probablement même le tonneau qui la contient, le vieux chêne moisi. L’explosif est mou et compact dans sa boîte de plastique rouge. De vieux morceaux de papier peint pendent...
L’invasion est consommée
Partout dans les murs dans l’air
s’ouvrent se ferment cent cages
Aux lèvres déformées d’un appel silencieux
l’invasion est consommée.
Sous un voile cendre
La nuit se perd en convulsions
Vomit son obscurité
Comme on étouffe…
Les gorges renversées
les corps les éclats
les crimes et les jeux
précipitent un dénouement
Le jour...
Géographie
Des chutes des cris
Le bruit incohérent
de la sauvagerie retardataire
Derrière les rais de lumière
une vie impossible
La fuite est longue et laborieuse
prise qu’elle est dans l’éclat réfutable
d’une ville inconnue
Sous les voûtes l’ombre
le vide couvert de détritus
Il n’y aura pas de traversée
aux coins sombres de l’étrange
Je sais cependant
que...
Rien sous mes pieds de ce sol qui peu à peu s’évanouit
dans les lames sombres d’un reflet renversé
au coin clair de l’oeil sans tain
La fatigue ou l’ivresse ou autre chose
bat à mes tempes
A mes doigts n’affleure jamais
qu’un souffle pris
une frayeur soudaine
Jeu #3
Des chants oubliés de cette ville déjà morte
Des dos se sont détournés
Il faudra bien qu’ils y aillent
Vers leur jeu prochain
Debout sur les plaques
les gravats
les claques qui se perdent dans l’air grave d’une récréation qui s’annonce
Des règles s’inventent.
Il n’y aura plus que des coups rendus jamais donnés
des cases immenses des pions en...
(Sans titre, non-daté)
Lorsqu’il fera rouge
Tout aura fuit
Déjà elle galope
Piétine dans la joie
Des masques dans la boue
La regardent
Vous polîtes milles marches
Dans milles vieux palais
Et voilà l’aube pour vous
Qui vous fait un sort
Petit matin pour les vieilles pierres
L’imprudente mourra bien aujourd’hui
5h07 (Daté du 4 mars 2010)
Dans l’oubli d’un jour neuf
Meurt la rouille
aux poignets de la rage
Roule au sol l’autre hier
Dans l’oubli d’un jour neuf
Aux portes qui s’ouvrent
A l’écho blafard
d’une guerre sans visages
Tu souris
Comme si plus rien
Dans l’oubli d’un jour neuf
N’avait plus de sens
Ne venait plus à temps
Comme si plus rien
Au tombeau des...
Décembre (daté du 12 décembre 2009)
Ces rues me regardent
Yeux de feu
Des ananas
Serpentent à nos pieds
Derrière les colonnes
Je me cache
Du coin de l’oeil
Je ris
Une flamme s’enfuit à ma vue
Me laisse sans sommeil
Dans ces allées
Dans mes allées
Des triangles s’embrassent
S’agitent dans la nuit
Ça m’effleure
Chuchote vengeance
Je la suis
Me cache
Me montre
C’est chez moi
...
(Sans titre, daté du 1er décembre 2009)
On se noie
Quelque chose bouillonne
On ne veut déjà plus sombrer.
Au loin, je crois,
Coule un navire capricieux.
Des canots monte un cri vert
Et l’écume auprès des palais
Fait comme une rage folle et rouillée
Qui flotte un temps
Pour mieux s’abandonner.
D’un oeil j’aperçois
La proue prétentieuse
L’uniforme bleuâtre du soldat qui l’étouffe
Rit comme...
Pathogénèse de l'utile #19 : Rêve du 29 novembre...
Tes yeux n’ont pas changé
Mais ton corps
Caramel mou
Ma langue déroulée
Tu es une autre
Je dois vérifier
Alors je laisse
Lèche
De l’encre noir
Sur du papier
Ça ne s’effacera pas
C’est trop lisse
Tu es une autre
Pourtant me parle
De nous deux
Autrefois
Quelqu’un d’autre
Est passé
Peux voir ses pas partout
Partout
Indienne
Je te croyais...
39 (poème rédigé le 9 avril 2010)
A l’ombre de la terre
Dialogues orphelins
Tu meurs de n’avoir su
Toi ton antique compagne
Entendre raison.
Aux pavements bleutés
Des nuits cavalières
Nos chagrins vélins
Sont rouges.
Nos oreilles se déchaussent
On leur donnera des bottes
Et des statues
Des encensoirs
Triste Espagne.