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Le Caire, 26 novembre 2012 : funérailles de Gaber Salah.
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La critique qui s’occupe de cet objet, c’est la critique dans la mêlée. Or, dans la mêlée, il ne s’agit pas de savoir si l’adversaire est un adversaire de même rang, noble, intéressant ; il s’agit de le toucher. Il s’agit de ne pas laisser aux Allemands un seul instant d’illusion et de résignation. Il faut rendre l’oppression réelle plus dure encore en y ajoutant la conscience de l’oppression, et rendre la honte plus honteuse encore, en la livrant à la publicité.
Karl Marx in Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel -
En réponse à la proposition d’une commission de dialogue par le gouvernement
Ayant pris connaissance de la volonté du gouvernement d’ouvrir des négociations avec les différentes parties en présence dans la lutte, nous avons donc décidé de faire part de [nos revendications] :
• La fermeture de toutes les entreprises de plus de 12 salariéEs ;
• Une rente à vie pour les salariéEs ;
• 20 heures de soleil en hiver ;

• Multiplication par huit de tous les minimas sociaux ;
• Le RSA pour tous et toutes, attribué dès la naissance (et pour les avortéEs aussi) ;
• Le retrait des implants capillaires des présentateurs télé ;
• Le nucléaire remplacé par des ministres qui pédalent ;
• L’Élysée transformé en zone humide ;
• Toutes les lettres au Père Noël seront reçues [et] exaucées par le gouvernement ;
• Manuel Valls ainsi que tous les corps de la Défense et de l’Intérieur se tatoueront “Nique la police” sur le front ;
• Que l’Académie française accepte et utilise le langage sms ;
• Qu’après la mort de Jean-Marc Ayrault soit gravé sur sa tombe “la ZAD m’a tuer” ;
• Que la Terre tourne dans l’autre sens ;
• Repousser la fin du monde (bien après le 21 décembre) ;
• Le même temps à Lille qu’à Marseille, mais sans Mistral ;
• La Marseillaise sera remplacée par une comptine pour enfants chantée à l’envers ;
• Les séances de spiritisme seront remboursées par la SÉCU ;
• Les pipelines seront exclusivement reservés à des transports de jus de fruits ;
• Pour chaque animal tué, un parlemantaire sera sacrifié (même quand on écrase une fourmi par erreur) ;
• 20 à 30 hectares de terres attribuées à tous les gens étant passés ou ayant habité sur la ZAD (plus un tracteur ou hélicoptère si souhaité) ;
• Que les négociations soient interdites.
Cette liste est ouverte et non exhaustive.
Zone À Défendre, 24 novembre 2012
Source : http://juralib.noblogs.org/2012/11/25/notre-dame-des-landes-en-reponse-a-la-proposition-dune-commission-de-dialogue-par-le-gouvernement/ -
Je n’écrirai jamais de roman (7)
La beauté terrible de l’hiver dévale les marches, et avec elle les grosses chaussures noires de Dunk. Son visage est précédé d’un nuage de vapeur, qu’il traverse encore et encore, ravalant le souffle trop vite délivré. Derrière lui, les bruits, les lumières de la fête s’évanouissent, avalés par le froid des rues désertes d’après le dernier métro. Le monde des phares soudain rendus fous par la nuit crashée sur la ville s’ouvre à lui. Des turbines glaciales sonnent par les places le rappel des sédentaires. Dernier verre avant la grosse chaleur molle des intérieurs hérissés de toux, dernière cavalcade du feu liquide avant le couloir froid de l’immeuble, l’escalier son odeur de moisi, les clés esquivant les doigts dans les poches immenses.
Dunk sent la fin, il l’hume tandis qu’il descend une à une les marches sur le flanc de la colline. Sa tête veut précipiter tout son corps dans les flaques, l’étaler sur le miroir noir et humide de la route glissante. Les yeux mi-clos, il entend les bancs qui parfois crient son nom, ou celui de son sommeil. L’eau le dissuade de céder à l’appel. Son gros cul mouillé…dégueulasse. La grippe qui s’ensuit, les jours perdus dans la fièvre : la ridicule maladie annuelle. Ce qu’il faut, c’est la peste. Une vraie fête. Une fête si réussie qu’on aurait pas le temps de compter les morts avant la prochaine.
La ville en contrebas expire comme lui. Mais il y a les phares des tours nouvelles qui, impérieux, appellent le jour. C’est pas aujourd’hui qu’elles auront leur nuit, qu’il se dit, mais ça ne saurait trop tarder. Le sommeil lui colle au train, se mêle à des rêves d’explosion. La fatigue est là dans chaque miroir croisé. Ça le prendra avant l’aube : c’est qu’on se fait un peu vieux.
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Mais l’enfant, l’oeil farouche roulant des regards éperdus, lui crache au visage et dégaine sans lui répondre un mot.
Sophocle, Antigone -
-Toute façon, le monde c’est des poukaves.
Regard sceptique. De gauche à droite. De droite à gauche. Ça embrasse tout avec des lèvres péremptoires, les yeux sont moins certains que ne le voudrait la voix. N’empêche. Curieux comme soudain rien ne peut plus échapper à ce tableau terrible…Les poukaves, toutes les poukaves sur le pont du navire, le navire vers un enfer comme ceux des reliefs des cathédrales. La revanche dans le verbe, dans la pierre taillée, sur le pouvoir si terrestre des poukaves. Leur nom même est souterrain, la phrase plonge dans le salpêtre, les coulées moisissantes, les vieux meubles oubliés des familles hors la terre, des gens qui poussent à l’air libre sur un terreau d’immondices. Le contrat silencieux des poukaves humides, le sol meuble de leur certitude : l’édifice, branlant, du monde comme il va.
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[…] il se laissa emmener par elle en Alexandrie, là où il dépensa et perdit en jeux d’enfants, par manière de dire, et oiseux ébattements, la plus chère et plus précieuse chose que l’on saurait dépenser, comme dit Antiphon, c’est le temps : car ils firent entre eux une bande qu’ils appelèrent Amimetobion, c’est-à-dire la vie non pareille, et qu’autres ne sauraient imiter, se festoyant l’un l’autre par tour, en quoi il se faisait une dépense qui excédait toutes bornes et toute mesure de raison.
Plutarque, Vies des hommes illustres

